Le Boss a s?vi

La Presse, 2003-04-20, by: Alain Brunet
Saint patron des cols bleus d'Am?rique, chantre des citoyens progressistes, ouvert d'esprit, pr?occup? par la compassion, l'?galit? et le partage, le Boss du New Jersey a s?vi au Centre Bell. Gueul? et rugi avec l'autorit? qu'on lui conna?t. Effectu? les g?n?reux sparages qu'on lui conna?t. Balanc? les rimes magnifiques qu'on lui conna?t. Rock? comme il le fallait. Anim? la foule comme peu savent le faire. Les pr?s de 20 000 convaincus n'avaient qu'? bien se tenir.
La Terre promise (traduction litt?rale de The Promised Land, tir?e de l'album Darkness on the Edge of Town) nous fut d'abord servie sur un plateau de rock et un lit d'harmonica. Inutile d'ajouter que les fid?les savaient exactement o? placer les cha-la-la. Foule mature et enthousiaste (la trentaine, la quarantaine, la cinquantaine...), il va sans dire. Foule de professionnels, gens d'affaires, intellos, cols bleus avec beaucoup d'anciennet? et le bungalow pay?. Les laiss?s-pour-compte et autres ?chou?s de la vie dont parle souvent Bruuuuuce! dans ses chansons ne peuvent se permettre un billet ? 115 $, ? paradoxe...
Quoi qu'il en soit, le Boss et son E Street Band de nouveau r?uni ? Montr?al pour la premi?re fois depuis 1984 (Springsteen nous a toutefois visit?s en 1996) ont su? ? souhait, ils ont donn? tout ce qu'ils avaient dans le ventre. Les pieds nus et le cr?ne recouvert d'une soyeuse ?toffe, Steven Van Zandt s'est escrim? ? la guitare, il a hurl? ? la lune aux c?t?s de son employeur. Seul Noir dans cet ar?na de visages p?les, l'immense Clarence Clemons a fait barrir ses gros tuyaux, rock oblige. Une dizaine (parfois une onzaine) de passionn?s gratteux, chanteux, souffleux, pianoteux et tapocheux ?taient sur sc?ne pour faire la f?te avec les Montr?alais.

The Promised Land ?tait l'introduction d'un spectacle g?n?reux et touffu (sans ?tre m?morable, en ce qui me concerne), fait sur mesure pour les fans, quoique Springsteen ait mis? beaucoup sur le r?pertoire de son plus r?cent album The Rising, excellent au demeurant. La pi?ce-titre s'est dress?e devant nous telle un infranchissable mur de son. La table ?tait mise pour Lonesome Day, un appel au courage ?crit aux lendemains d'un certain 11 septembre.
Un peu plus loin, Springsteen lance un appel au calme, ce qui ne fera pas de tort aux pavillons auditifs quelque peu d?stabilis?s par le caract?re approximatif de la sonorisation, un irritant pendant une bonne partie de la soir?e- dans la section 114, en tout cas, c'?tait ainsi.
Nous ?tions pr?ts pour un duo entonn? avec sa compagne et choriste (Patti Scialfa), nous ?tions pr?ts pour contempler un Empty Sky, ciel qui se vide pendant que se r?pand le sang sur le pav?, pendant qu'un filet de ruine-babines en ?voque la coul?e. On continue dans les r?miniscences du tragique 9/11, comme l'ont baptis? les Am?ricains. You're Missing suit Empty Sky, les rimes de Springsteen d?peignent bellement les signes du quotidien au domicile d'un disparu, le piano et le violon accompagnent la voix graveleuse du Boss.
Sur un air plus dynamique, le drame new-yorkais se poursuit, Springsteen recommande (en fran?ais) de chanter avec lui: Waitin'on a Sunny Day. Il pleut mais... pas un seul nuage dans le ciel, raconte la chanson. ? la suite de cette s?ance plus introspective, le E Street Band pousse la machine ? fond, avec notamment Two Hearts (The River) et No Surrender. ? ce classique de Born in the USA, Springsteen avait greff? hier quelques rimes pacifistes ?voquant la guerre en Irak, question de faire suivre Worlds Apart, une chanson sur le foss? qui se creuse entre l'Occident et le monde musulman et sur la bonne volont? qui anime pourtant tant d'humains issus de ces deux mondes.
On pourra ensuite basculer dans une s?quence rock bien sentie: Badlands, Out in the Street et Mary's Place, une pi?ce des plus festives hier soir. Sur sc?ne, les quadrag?naires et quinquag?naires se comportaient comme des gamins. Le Boss se recueillera ensuite au piano, question d'interpr?ter seul au piano la superbe Incident on 57th Street. Apr?s Into the Fire, Springsteen et le E Street Band on servi aux fans survolt?s une rafale de classiques: le sensible Hungry Heart, le viril Ramrod, le gigantesque Born to Run, coiff? d'un Detroit Medley concoct? jadis par Mitch Ryder.
Insatiable, le public r?clamera de nouveau le Boss, qui amorcera d'abord seul au piano My City of Ruins. Ses bardes le rejoindront progressivement pour une version bien sentie de Land of Hope and Dreams, chanson (effectivement) d'espoir ?pour la s?curit?, et la paix du peuple irakien, aussi pour le retour des fils et filles de l'Am?rique?.

Notes

In French

Topic

2003-04-19 Bell Centre, Montreal, Canada