Bruce Springsteen, un gladiateur dans l'ar?ne du Stade de France

Le Monde, 2003-05-25, by: Bruno Lesprit
Concert ?nergique et enthousiaste du chanteur du New Jersey avec le E. Street Band.
La pr?c?dente tourn?e de Bruce Springsteen, le Tom Joad Tour, s'?tait arr?t?e ? Paris au Palais des congr?s en 1996. Le rocker du New Jersey s'?tait alors transform? en folksinger de la Grande D?pression, seul avec une guitare s?che et un harmonica, pour un moment de recueillement inoubliable.

Samedi 24?mai, pendant que Neil Young, ? son tour, se pr?sentait dans la salle de la porte Maillot, Springsteen retrouvait l'ivresse des ar?nes en d?couvrant le jardin de Zinedine Zidane. Il y a huit mois, le concert donn? par le chanteur am?ricain et son groupe historique, le E.?Street Band, au Palais omnisports de Paris-Bercy (Le Monde du 16?octobre 2002), n'avait ?videmment pu satisfaire toutes les demandes. A Saint-Denis, les gradins du Stade de France ?taient clairsem?s samedi soir, la pelouse foul?e aux deux tiers, mais 50?000 spectateurs tout de m?me avaient r?pondu pr?sent pour cette date unique.

Lourd de nuages, le ciel se f?che quelques minutes avant l'entr?e en sc?ne des artistes. Bruce Springsteen s'adapte aux caprices m?t?orologiques?: en offrant une reprise impromptue de Who'll Stop the Rain (qui arr?tera la pluie), standard de Creedence Clearwater Revival, il manifeste autant son sens de l'humour que sa solidarit? avec ses fans, tremp?s jusqu'aux os sur la pelouse. Souvent interpr?t?e comme une protestation contre les tapis de bombes au Vietnam, la chanson avait en fait ?t? ?crite par?John Fogerty... en souvenir des?trombes d'eau qui s'?taient abattues sur les festivaliers de Woodstock.

On renoue donc, au Stade de France, avec les joies du concert en plein air. Les averses, un ?cran vid?o qui rend l'?me le concert ? peine commenc? - il ressuscitera plus tard -, et la bouillie qui s'?chappe des enceintes (Springsteen est venu avec sa troupe au complet, soit dix instruments ? sonoriser). Mais les h?sitations du concert de Bercy, empreint d'une douleur post-11?septembre apr?s la parution d'un album (The Rising), racontant des destins bris?s par la catastrophe, se sont envol?es.

CASSE-COU ENTHOUSIASTE
Manifestement galvanis? par l'enjeu du gigantisme, le "Boss", accoutr? comme un pirate (oreilles perc?es, bandana rouge au cou, gilet noir, bottes), a retrouv? son instinct de gladiateur. Peut-on faire preuve de plus d'abattage dans cette enceinte inhumaine?? De bonne volont? (il fera l'effort de s'exprimer en fran?ais, langue qu'il ma?trise aussi bien que le volap?k) et d'enthousiasme?? Poirier sur le pied de micro, escalade du piano, courses ? l'avant-sc?ne, glissades, sans compter l'adresse aux nantis des gradins de bien vouloir lever leur s?ant.

Le E.?Street Band a, lui, recouvr? toute sa puissance de feu, notamment gr?ce ? la r?habilitation du g?ant noir Clarence Clemons, pri? d'emboucher son saxophone et non plus d'agiter son tambourin. Le choix du r?pertoire surprend, en sacrifiant les scies (Born in the USA, Hungry Heart) au profit de faces B (Be True) et de raret?s (The Ties That Bind). La nuit tombe et l'effervescence monte. En rappel, le ballet d'hippopotames de Ramrod est subtilement all?g? d'une magistrale le?on de boogie-woogie administr?e par le pianiste Roy Bittan, avant une reprise aussi explosive qu'inattendue de Seven Nights to Rock, antique rockabilly interpr?t? jadis par Moon Mullican. Apr?s (presque) trois heures, Springsteen prouve, ? 52 ans, qu'il n'est pas pr?s de jouer pour les retrait?s de Las Vegas.

Notes

Topic

2003-05-24 Stade de France, Paris, France